312016Août

Les troubles de l’estime de soi

Christophe André

Les troubles de l’estime de soi sont en pleine progression

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Je ne m’aime pas”, “Quand un homme s’intéresse à moi, j’imagine toujours qu’il me prend pour une autre”, “Dès que quelqu’un me contredit, je pense que c’est lui qui a raison”, “Mes amis me disent que je pourrais trouver un boulot plus passionnant, mais je ne crois pas en mes compétences”…

Lequel d’entre nous n’a jamais prononcé ou entendu l’une de ces phrases ? Elles font partie de notre quotidien et témoignent d’un mal très répandu : le manque d’estime de soi. Car seuls les mégalomanes, aveugles sur eux-mêmes, se voient –et se croient – parfaits. Pourtant, s’il est sain de douter de soi, parfois –c’est un signe de lucidité–, vivre dans le doute permanent est un passeport pour une vie étriquée.

Comment l’estime de soi s’ancre-t-elle en l’individu ? Pourquoi est-elle si fragile et susceptible de se briser ?

Christophe ANDRE est psychiatre, psychothérapeute et consultant en entreprise. Il est l’auteur, avec François Lelord, de L’estime de soi et Comment gérer les personnalités difficiles (O.Jacob, 1999 et 1996). Il a écrit avec Patrick Légeron, La peur des autres. Trac, timidité et phobie sociale(0.Jacob, 1998).

Concrètement, qu’est-ce que l’estime de soi apporte à un individu dans sa vie amoureuse ?

Elle rend moins dépendant. On n’a pas besoin de l’autre pour se sentir exister, pour sentir qu’on a en soi de la valeur, on choisit donc davantage ses partenaires sans s’accrocher à eux. Elle permet aussi de s’engager avec plus de confiance. Certains s’estiment si peu qu’ils verrouillent leurs rapports aux autres et préfèrent ne pas avoir de vie sentimentale plutôt que d’en souffrir.

Et dans sa vie professionnelle ?

Une plus grande résistance aux échecs. Et aussi une vision plus claire de ce pour quoi l’individu est fait. De nombreux jeunes adultes ont des problèmes d’estime de soi. Du coup, ils perdent du temps car, au lieu de faire ce qui leur plaît vraiment, ils font ce qu’on leur recommande de faire, ou ce qui les sécurise socialement.

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S’estimer, pourquoi est-ce si difficile ?

  • A l’heure du primat de l’apparence, du culte de la performance et de l’injonction à devenir soi-même, rien de plus
  • A l’heure du chômage qui pousse des milliers d’individus à se juger inutiles, donc méprisables, à l’heure du primat de l’apparence qui incite tant d’hommes et de femmes à détester leur propre image, à l’heure du culte de la performance qui ordonne à chacun d’être le meilleur, à l’heure de l’injonction à devenir soi-même et à s’épanouir par ses propres moyens, sans repères sur lesquels s’appuyer, il était temps que la psy intervienne. Et nous aide à nous situer entre les idéaux démesurés que nous n’atteindrons jamais et les complexes qui nous interdisent de parvenir à nos objectifs.

Pour débuter ce périple au cœur de l’estime de soi, précisons qu’elle ne se limite pas au constat “je m’aime” ou “je ne m’aime pas”. Elle reposerait, selon les auteurs, sur le bon équilibre de trois piliers :

  • l’amour de soi,
  • la vision de soi et
  • la confiance en soi.

Etre une bonne mère pour soi-même

La nécessité de s’aimer suffisamment soi-même pour réussir dans l’existence a depuis longtemps été pointée par Freud. Il l’a nommée le “narcissisme”. Ce mot a actuellement bien mauvaise presse car confondu à tort avec “égocentrisme”. Une idée fausse à réviser d’urgence. Sans un narcissisme bien assuré, l’individu tend à se considérer comme une nullité vivante. S’aimer revient à accepter ses défauts, ses échecs sans en trembler de honte. Celui qui s’aime correctement est une “bonne mère” pour lui-même : indulgent, il continue de s’apprécier même en cas de situation défavorable pour l’ego (rupture amoureuse, licenciement, blâme, etc.).

L’amour de soi se construit dans l’enfance. Souvent sur de petits riens : une mère qui sait sourire à son enfant quand il sollicite son regard, par exemple. Dès l’âge de 2 ou 3 ans, l’enfant s’interroge sur son apparence physique, son pouvoir de plaire. Et beaucoup dépendra des réponses apportées par l’entourage proche. Généralement, les personnes dotées d’un solide amour de soi ont bénéficié d’un amour parental inconditionnel : les parents n’ont pas dosé leur affection en fonction des résultats scolaires, de l’aptitude du petit à dire “bonjour à la dame”, à être “sage comme une image”, etc. Surtout, ils se sont abstenus de le comparer en permanence à sa sœur aînée ou à son petit cousin.

L’impression de n’avoir pas été un enfant assez aimable génère un sentiment de culpabilité chronique qui se manifeste par des comportements autodestructeurs à valeur de punitions. “Quand je rencontre un homme, j’ai toujours l’impression qu’il a des arrière-pensées, qu’il me considère comme un passe-temps sexuel ou lorgne sur mes économies, déclare Julia, 32 ans. C’est plus fort que moi. Je n’arrive pas à me laisser aller, je pique des crises de jalousie si un rendez-vous est décommandé. En fait, je n’y crois jamais. Résultat : d’une certaine manière, je m’arrange pour détruire toutes mes relations.”

Une vision positive de soi-même

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La vision que nous avons de nous-mêmes est presque toujours sans rapport avec notre reflet objectif dans le miroir ou le chiffre de notre QI. Nous nous voyons avec nos convictions intimes, nos préjugés. Raison pour laquelle notre regard sur nous-même surprend parfois les autres. Elise se trouve laide et grosse quand ses amis voient en elle une charmante jeune femme tout en rondeurs. A 35 ans, Cédric végète dans un emploi de gratte-papier très éloigné de ses capacités réelles. A son entourage qui le conjure de réagir, il répond : “Je suis déjà content de ne pas être au chômage !”

A l’inverse, avoir une vision positive de soi-même permet de lutter contre l’adversité, de persévérer, alors même que l’horizon paraît bouché. Exemple : Freud ! Malgré l’opposition de ses confrères médecins et l’indignation du public face à ses théories sur la sexualité des enfants, il a tenu bon. Persuadé qu’un jour le monde reconnaîtrait son génie.Afficher l'image d'origine

Nul ne porte d’emblée un regard positif sur lui-même. Un enfant à qui l’on demande trop – être aussi raisonnable qu’un adulte, le premier en classe, le meilleur en foot – aura sans cesse l’impression de ne pas être à la hauteur. Pour une grande part, nos principaux objectifs de vie – affectifs, professionnels, matériels, etc. – reflètent les attentes passées de nos parents à notre égard. Mais leur attitude est loin d’être seule responsable. Nous devons aussi compter avec notre interprétation des espoirs qu’ils ont placés en nous. Or celle-ci nous incite fréquemment à imaginer qu’ils nous auraient voulu différents ou meilleurs, et nous transforment en perfectionnistes insatisfaits de nos performances et de nos succès.

N’oublions pas non plus cet impondérable que constitue notre place dans la fratrie : sans qu’aucun reproche n’ait été formulé, un benjamin peut être écrasé par l’image qu’il a de son aîné ou avoir l’impression de ne pas exister entre ses frères et sœurs.

La confiance en soi mène à l’action

“Certains matins, je me déteste.”Afficher l'image d'origine

Il n’est pas simple de savoir avec exactitude quel degré d’amour nous nous portons. Tout comme il est difficile d’évaluer avec précision quelle vision nous avons de nous-mêmes

” Il m’arrive de me trouver géniale à midi et stupide, une heure plus tard “, tant nos humeurs, par nature fluctuantes, mènent la danse. Si l’amour et l’image de soi sont plus ou moins flous, la confiance en soi, en revanche, s’observe mieux. C’est l’affolement général dès que se présente une situation inhabituelle ? C’est clair, il s’agit d’un manque de confiance en soi. Celle-ci se caractérise par l’aptitude à envisager l’avenir sans s’écrier : ” Je n’y arriverai jamais ! ” En manquer nous amène à refuser une promotion, un rendez-vous amoureux. Bref, à nous empêcher d’agir.Afficher l'image d'origine

Notre éducation et nos premières expériences scolaires influencent largement notre foi en nous-mêmes. S, dès la maternelle, l’échec a été désigné comme synonyme de catastrophe, nous en viendrons automatiquement à éviter les situations susceptibles de le provoquer. La meilleure façon est de ne rien tenter et de suivre les autres. La confiance en soi n’est pourtant pas seulement affaire d’apprentissage : elle se transmet également des parents à l’enfant, via l’inconscient. Par exemple, si un homme n’a pas confiance en son fils ou s’il s’angoisse trop pour lui, il n’est pas rare que ce dernier, par amour pour son père, devienne un être inhibé et timoré. Mais il n’est pas exceptionnel non plus que, par défi, l’enfant se lance dans les entreprises les plus téméraires.

En matière de transmission psychique, on ne sait jamais avec précision de quoi sera fait l’héritage ! Une question de dosage

A 32 ans, Jérôme a créé son entreprise. Reconnu, il gagne beaucoup d’argent. Pourtant, dès qu’il se sent attiré par une femme, il s’inhibe, car sa vision de lui-même est totalement négative. Avoir connu dans son enfance – et à proportion égale – amour, respect, invitation à s’affirmer est exceptionnel. Pour cette raison, nous bénéficions d’une solide estime de soi dans certains domaines, tandis que nous en manquons cruellement dans d’autres. Ainsi, des parents aimants mais très angoissés et doutant des capacités de leur enfant à se débrouiller dans l’existence lui insuffleront-ils une bonne dose d’amour de soi. Mais pas une solide confiance en soi. Exemple : Roseline était brillante à la fac. Son entourage s’attendait à ce qu’elle décroche un emploi à la mesure de ses capacités. Pas du tout. Si elle sait répondre aux attentes des autres – parents, enseignants –, elle est inapte à se vendre, à innover, à risquer l’échec.

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A l’inverse, quand les parents valorisent leur enfant intellectuellement et professionnellement, mais ne lui donnent pas toute la tendresse dont il a besoin, il acquiert une assez bonne image de lui et pas mal de confiance. Mais souffre d’une carence en amour de soi. Exemple : Judith paraît sûre d’elle. En public, elle se fait remarquer par son humour et sa pétulance, et a du succès auprès des hommes. Pourtant, elle n’a jamais pu nouer un lien durable : elle a confiance en elle, mais profondément, elle ne s’aime pas. Pour perdurer, l’estime de soi se nourrit du sentiment d’être aimé et de celui d’avoir de la valeur aux yeux des autres. On ne s’estime pas une fois pour toutes. Comme tous les sentiments, celui-ci a besoin d’être alimenté. Les rencontres amoureuses et les promotions professionnelles y contribuent. Mais il faut aussi compter avec d’inévitables périodes de vide, pauvres en gratifications et riches en déceptions.

Pour surmonter le creux de la vague, Christophe André et François Lelord n’ont qu’un conseil à donner : : faire preuve de lucidité et d’objectivité. Et nous invitent à nous abstenir de minimiser systématiquement nos atouts et nos qualités.

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