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Définition et application de la psychomotricité

Définition et application de la psychomotricité

La psychomotricité est une fonction de l’être humain qui intègre le psychisme et la motricité en vue de s’adapter à son environnement. Le psychomotricien a donc un regard globalisant portant sur les interactions entre :

  • Le psychisme (émotions, imagination, cognition…) et la motricité (mouvements, tonus, postures…)
  • L’individu et le monde extérieur

Enfin, la psychomotricité est une technique qui utilise le corps, l’espace et le tempsdont l’objectif est de permettre à la personne d’expérimenter son corps et son environnement immédiat afin d’y agir de façon adaptée. (Delièvre& Staes ,2006)

Applications : psychomotricité fonctionnelle et relationnelle

La psychomotricité fonctionnelle vise un objectif précis et une progression déterminée, balisée par des objectifs à court, moyen et long terme. Elle est appréciée, par exemple, dans les interventions auprès d’enfants en retard de développement, présentant des troubles praxiques, ou dans les milieux scolaires. En effet, l’approche par objectifs à court, moyen et long terme permet une bonne objectivation des progrès de l’enfant. Les objectifs sont déterminés par le psychomotricien après évaluation du niveau de l’enfant.

Tout apprentissage implique une expérimentation, qui, dans le cas des enfants, implique le corps dans sa globalité. L’action psychomotrice va viser à un détachement du vécu, du concret, au profit d’une représentation abstraite. Pour ce faire, le psychomotricien va travailler sur trois niveaux : le vécu, le manipulé, le représenté.

Ex. Illustration d’une séance type de psychomotricité :

Thème : notions spatiales, distinction droite/gauche

Niveau vécu : Demander à l’enfant de frapper dans un ballon avec le pied droit ; de se placer à droite ou à gauche d’un objet, de se déplacer sur le côté de la droite vers la gauche et inversement.

Niveau manipulé : Avec une dînette, jouer à installer les couverts en mettant les couteaux toujours à droite et les fourchettes à gauche, mettre des ballons tantôt dans la caisse de droite, tantôt dans celle de gauche.

Niveau représenté : Demander à l’enfant de faire un dessin, en suivant nos instructions telles que le soleil est en haut, à droite. Le bonhomme est en bas à gauche etc.

La psychomotricité relationnelle Aucouturier s’inspire de la psychanalyse et considère que l’enfant met en scène des fantasmes d’action. Ceux-ci sont issus des expériences corporelles partagées entre le bébé et sa mère. Le rôle du psychomotricien est d’en permettre l’expression par l’aménagement d’un espace bien particulier et par une présence singulière. La psychomotricité relationnelle se focalise davantage sur les aspects émotionnels et la maturation affective. Cependant, les étapes de la séance sont les même : l’enfant passe des jeux moteurs (sauter, courir, se balancer), à des jeux symboliques et enfin à de la manipulation (pâte à modeler, constructions) et à la représentation (dessin et verbalisation de ce qui a été joué). Le psychomotricien, ici, tentera de saisir la dynamique psychique qui se cache derrière le jeu de l’enfant. Ce faisant, il en déduit quels sont ses besoins, comment il peut enrichir son jeu, l’aider à dépasser une angoisse, le rassurer ou le contenir. Le matériel choisi et l’aménagement de l’espace ont toute leur importance :

  • Les espaces de jeux moteurs et d’expression graphique/plastique sont bien distincts
  • Le matériel pour les jeux symboliques est neutre (tissus, tubes en mousses, cordes,…) pour inciter l’enfant à être créatif
  • L’enfant doit respecter trois règles répétées avant le début du jeu : respect de soi, des autres (quand il y a lieu) et ne pas casser les constructions des autres enfants.

Finalement, les deux approches ne s’excluent absolument pas. Le type d’approche dépendra essentiellement de la sensibilité du psychomotricien, de sa formation et de la problématique qui lui est proposée. La psychomotricité enrichit la pratique clinique de par le regard globalisant qu’elle propose et la part active de l’enfant dans le processus. L’ensemble de mes stages et mon expérience professionnelle m’ont permis d’intégrer le point de vue fonctionnel et relationnel. Ainsi, je sais intervenir de façon ciblée sur une problématique particulière (trouble de coordination, d’équilibre, de concentration) ou bien intervenir sur des problématiques plus affectives (angoisses, inhibition, manque de confiance en soi). Notons que les deux approches peuvent se combiner :

Exemple : Un enfant vient en consultation pour un trouble de l’attention avec hyperactivité. La mise en place d’une prise en charge incluant la psychomotricité comprendrait la mise au point des objectifs à court, moyen et longs terme suivants:

1)     Objectif à court terme : prise de conscience de soi

  • Pouvoir sentir les différents niveaux de tonus (Ex. exercices moteurs demandant un haut niveau tonique, puis relaxation, alternance entre les deux niveaux au cours d’une séance)
  • Prendre conscience de son corps ( ex. l’enfant a les yeux bandés, le psychomotricien lui fait adopter une position et lui demande de décrire la position de ses bras, de ses jambes)

2)     Objectif à moyen terme : maîtrise de soi

  • Parvenir à inhiber un mouvement ou à le transformer (ex. arrêter de courir à un signal sonore ; courir en avant puis en arrière)
  • Apprendre à rester immobile (au signal l’enfant doit rester immobile pendant un temps limité)
  • Intégrer la notion de durée (ex. travail avec un sablier, tenir en équilibre le plus longtemps possible)

3)     Objectif à long terme : connaissance de soi

  • S’approprier un moyen efficace de détente (ex. relaxation active, exercices de respiration)
  • Savoir reconnaître son état émotionnel et l’associer avec son vécu corporel (demander à l’enfant d’associer une émotion à une posture ou un mouvement)
  • Apprendre à organiser son temps (ex. choisir le temps consacré à chaque activité dans une séance, selon son humeur, sa fatigue…)

Par la suite, les séances seront organisées selon ces objectifs et comprendront les trois niveaux d’intervention (vécu, manipulé, représenté).

En dehors de ces objectifs, l’insertion de séances de psychomotricité relationnelle peut permettre d’intervenir sur une composante éventuellement plus émotionnelle de la problématique. Dans le jeu libre, l’enfant bénéficiera d’un cadre différent, laissant une marge d’expression plus grande pour ses fantasmes et/ou ses angoisses éventuelles.

Ainsi, la psychomotricité c’est :

  • S’ajuster au niveau de l’enfant, en lui proposant des exercices adaptés à son niveau, soit un bon équilibre entre le niveau de l’enfant et la difficulté de la tâche. L’exercice doit comporter un minimum de défis pour stimuler l’enfant sans pour autant le décourager.
  • Susciter la motivation en proposant des thèmes attractifs ou lui laisser en choisir un
  • Être créatif pour rendre la séance attractive et gaie (originalité du matériel, mouvements amusants…)
  • Valoriser l’enfant en reconnaissant les progrès et les efforts davantage que la performance
  • Prendre en compte les besoins affectifs de l’enfant en verbalisant ses états émotionnels, l’accompagner par une attitude bienveillante et sécurisante,
  • Accompagner l’enfant dans un processus de maturation cognitive et affective, du vécu à la représentation

Enfin, la psychomotricité est une ressource précieuse qui permet l’instauration d’une relation positive et sécurisante. En effet, quelle que soit l’approche, le plaisir de l’enfant dans les jeux et dans sa relation avec le professionnel est primordial. La psychomotricité propose un temps et un espace pour l’expression corporelle, l’expression fantasmatique et la conscience de soi. Intégrée à la prise en charge psychologique, elle permet :

  • La prise en compte de la dimension corporelle
  • L’expérimentation, et donc l’augmentation du sentiment de compétence et de confiance en soi
  • L’objectivation des compétences acquises par la détermination d’objectifs adaptés
  • Une approche ludique centrée sur l’enfant et ses besoins

Cet article rédigé initialement le 21 juillet 2014 a fait l’objet de quelques modifications en date du 21 avril 2016.

Références :

  • Aucouturier,B. (2005). La méthode Aucouturier, Fantasmes d’actions et pratiques psychomotrices. Bruxelles : de Boeck.
  • Delièvre,B., Staes,L. (2006). La psychomotricité au service de l’enfant. Bruxelles (de Boeck).

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