122019Juil

La relation fusionnelle : une relation toxique ?

RELATION TOXIQUE

En couple être en fusion avec l’autre, c’est avoir la sensation intime d’être en paix avec soi et l’autre, comme si chacun se fondait l’un dans l’autre :

  • Être inséparable,
  • Jamais l’un sans l’autre,
  • Ne faire qu’un avec l’autre,
  • Penser et agir comme l’autre
  • Être ensemble, toujours, comme si on est collé
  • Ne pas pouvoir envisager de vivre sans l’autre

La relation fusionnelle est dès lors vécue comme un cocon, un refuge, une protection, une sécurité absolue. Pour autant, dans la relation fusionnelle, il s’agit très souvent de deux adultes qui font alliance en demandant une sécurité affective qu’ils ne parviennent pas à trouver en eux-mêmes. Dès lors, c’est la création d’un duo refermé sur lui-même dans lequel c’est la loi du couple qui prédomine au détriment du bien-être et de l’épanouissement personnel.

C’est Salverio Tomasella, psychanalyste, qui indique que la relation fusionnelle est d’abord perçue comme sécurisante et rassurante avec la tentation fusionnelle de ne “faire qu’un”. Pour autant, dans son ouvrage, il montre comme cette relation fusionnelle masque des failles douloureuses et entretient un manque que rien ne vient combler comme si cette relation n’était qu’une demande incessante d’un besoin infantile non satisfait… https://www.editions-eyrolles.com/Livre/9782212563535/les-relations-fusionnelles

Origine du Couple Fusionnel

Il est possible de dire qu’il n’y a pas de hasard dans les rencontres amoureuses car elles résultent très souvent des scénarii affectifs de notre enfance. Il en est de même pour le couple fusionnel qui correspond à la rencontre de deux adultes portant encore en eux « leur enfant intérieur » qui s’assemblent pour combler certains besoins affectifs qui n’ont pu être comblés.

Les rapports de dépendance affectives et de relation fusionnelle se nouent entre des personnes qui n’ont pas pu faire l’expérience d’une relation suffisamment bonne et fiable avec un parent bienveillant.

L’individu reste fusionnel, car l’étape naturelle de la fusion mère/enfant n’a pas eu lieu en son temps, de façon satisfaisante. Il est question d’un sentiment d’abandon vécu dans les premières années de la vie entrainant un besoin de fusion irrésistible et immense. Ce sont des personnes qui peuvent être très sensibles au rejet ou qui ont connu une faille narcissique pendant l’enfance et qui cherchent à la combler. Le couple fusionnel est donc l’alliance de deux individus en demande excessive d’amour et à la recherche d’une sécurité affective qu’ils ne trouvent pas en eux. Ce besoin demeure de telle façon qu’il est indélébile et condamne la personne à rechercher, de façon éternelle, cette fusion pour avoir le sentiment d’être aimé, d’être important.

Le désir fusionnel est donc plus grand qu’un désir de sécurité affective. Il est une immense demande d’amour, la seule façon de se sentir enfin vraiment exister, comme si, sans cela, la naissance de leur individualité ne pouvait avoir lieu. Malheureusement, ce qui n’a pas eu lieu dans l’enfance, ne peut avoir lieu à l’âge adulte. Ce désir de fusion infantile demeure insatiable et empêche justement la naissance de cette individualité

Comment faire pour se sortir de là ? 

Le sujet n’a d’autres choix que de faire le deuil de la mère qu’il n’a pas eue, Abandonner cet idéal perdu, dont les désirs n’ont jamais été satisfaits. Abandonner la position infantile et surtout le bien-être de l’enfance où l’on peut tout exiger sans rien abandonner.

Car un lien sain et adulte exige la responsabilité de prendre en charge la satisfaction de ses propres besoins :

  • Savoir faire des choix, et par conséquent de savoir renoncer
  • Accepter son individualité et ses différences, et surtout que ces dernières ne sont pas nécessairement synonymes de séparation mais source de richesse pour une vie à deux.
  • Prendre le risque de se différencier pour se donner la chance de prendre conscience que, malgré nos croyances, nous tenons debout tout seul.

Les Différentes catégories de couples fusionnels

  • Les personnes qui créent une relation de proximité extrême : lorsque ces adultes étaient enfants et aussi adolescents, ils avaient déjà établi une relation très forte, très (trop) proche avec une copine, ou un copain de prédilection dont ils sont devenus inséparables. C’est leur besoin de complicité et d’entente parfaite qui domine dans la relation.
  • Les personnes qui ne supportent pas la solitude et qui recherchent, donc, à tout prix, une autre personne avec qui fusionner, une personne qui leur permettra d’échapper à la peur d’être seul (face à soi-même). Dès lors, il est impossible pour ces personnes de se passer de l’autre sans qui elles ne se sentent plus exister. Ce sont souvent des personnes qui ne peuvent supporter que leur partenaire leur échappe ou s’éloigne d’elles, un seul instant, car dès lors c’est le sentiment d’être délaissé et abandonné qui va surgir …
  • Les personnes qui ont été éduqué et qui ont grandi une famille fusionnelle. Du fait que c’est le seul modèle qu’elles connaissent, elles ne peuvent que le répéter, de façon inconsciente.

Ainsi, dans la relation fusionnelle, le « nous » prédomine, pour éclipser l’individualité de chaque partenaire, qui n’existe que par et pour l’autre, en symbiose. Or, pour nombre de thérapeutes, la fusion est parfois synonyme de confusion – l’un se fondant dans l’autre -, et de négation de l’autonomie de chacun. À terme, la relation peut se transformer en repli sur soi et mener au « couple-prison » ou « couple-étouffoir » dépeint par le psychiatre Philippe Brenot dans son ouvrage “Inventer le couple” – https://www.odilejacob.fr/catalogue/psychologie/psychotherapie/inventer-le-couple_9782738113290.php

Selon lui, ce type de couple traduirait un état de dépendance infantile ; l’amour-fusion renverrait à une blessure affective. Dans tous les cas, sans l’autre, la personne perd ses moyens, et quasiment son appétence pour la vie… Une journée d’absence placent ces amoureux irrémédiablement dans l’attente, dans une dépendance de tout ordre (affective, intellectuelle, financière etc.). C’est comme si la personne croit de façon très forte :

  • Qu’elle n’est pas capable de penser pour elle-même,
  • Qu’elle ne peut pas s’en sortir toute seule,
  • Qu’elle n’est rien sans l’autre
  • Que l’autre est sa raison de vivre

Les caractéristiques du couple fusionnel

Le couple fusionnel se distingue, en premier lieu, par son fonctionnement à pensée unique.

C’est un couple où le MOI et le TOI n’existent plus : c’est un NOUS qui a pris toute la place, parfois jusqu’à devenir trop encombrant, voire tyrannique.

Certaines personnes sont, d’ailleurs, en capacité lorsqu’elles sont en trop grande souffrance psychique dire qu’elles sont « encapsulées », « emprisonnées ».

Pour autant, le couple perdure car il est souvent plus facile d’accepter de vivre dans un NOUS étouffant et tyrannique que d’affronter SON VIDE

Ainsi, plus le sentiment d’insécurité affective devient dominant, plus des marques d’amour seront exigées. Les partenaires des couples fusionnels sont d’ailleurs, le plus souvent, des personnes très sensibles au rejet et à l’abandon.

Audelà de la relation fusionnelle, c’est la garantie de la présence permanente d’un autre qui est exigée, et ce au détriment de son évolution personnelle. Car seule, cette présence est garante d’un sentiment de sécurité et de paix intérieure. Les différences individuelles sont gommées au profit d’un fonctionnement commun.

Pour le couple fusionnel, la richesse et l’élan de vie du couple ne proviennent pas de ses différences mais bien plutôt de ses ressemblances et ce, même si l’exigence d’une empathie totale n’est qu’une , illusion, car il est tout simplement impossible de parvenir à se mettre totalement à la place d’un autre

Le couple fusionnel ne parvient pas à intégrer que l’alliance des deux individualités doit demeurer séparées, quoi qu’il advienne. .

Les conséquences de la relation fusionnelle

Ce sont la souffrance et la dépendance affective qui s’installent la plupart du temps dans la relation fusionnelle, engendrant angoisse, anxiété face à l’absence de l’autre et ce même pour des temps de courtes durées…

La personne ne vit plus que dans l’attente du retour de l’autre, pouvant aller jusqu’à se replier sur elle-même voire se désocialiser.

Dans certains cas, la personne peut même placer son partenaire sous surveillance. Un apéro chez un ami, où elle n’est pas conviée peut faire un drame. L’autre peut alors se sentir envahi par son partenaire, et ne plus oser sortir sans lui. Ou encore penser différemment.

Consulter un psychologue ou un psychothérapeute est souvent le remède pour identifier l’origine de ces dépendances. Ainsi, quand les signes de dépendance sont là, et que le couple est en souffrance, il est temps de questionner ce mode relationnel, pour gagner en liberté et construire une relation plus libre” Il sera alors possible d’être aidé à développer une prise de distance affective, en dehors du, une première étape incontournable vers la véritable autonomie