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Le vécu de la grossesse par les femmes

Afficher l'image d'origineLe vécu de la grossesse par les femmes

Les grandes étapes émotionnelles de la grossesse

 ■ Premier trimestre : l’ambivalence.

Une réaction de défense (consciente ou inconsciente) peut se produire contre les changements que fait subir la grossesse : modifi cations de l’apparence corporelle, changement de l’environnement (dans le couple, dans le travail, dans la famille), ambivalence vis-à-vis de la maternité (désir d’enfant), de la place de l’enfant dans la société. Mais il y a aussi des réactions positives : réalisation de la féminité, joie de mettre au monde, de continuer la lignée, etc.

Deuxième trimestre : l’harmonie.

Il peut constituer une phase de maturité pour la femme qui est « mieux dans sa peau ». Le fœtus bouge, faisant prendre conscience de la réalité de l’enfant à venir. La vie sexuelle, perturbée au début, redevient normale. Les rêveries concernant le bébé à naître se développent.

Afficher l'image d'origineTroisième trimestre : l’échéance.

La grossesse devient gênante. La femme se trouve à part dans la vie sociale (on lui laisse sa place assise, on la ménage…). Des questions surgissent : comment se passera l’accouchement ? L’enfant sera-t-il normal ? « Selon la théorie du confl it, plus le but est proche, plus le niveau d’anxiété est élevé. Ce confl it détermine en majeure partie la condition psychologique du dernier trimestre, marquée des niveaux d’anxiété et de dépression habituellement supérieurs à ceux des deux premiers trimestres. »

Le vécu des femmes, leurs besoinsAfficher l'image d'origine

Le vécu des transformations corporelles :

il y a autant de façons de vivre la grossesse et les changements corporels qu’elle induit qu’il y a de femmes enceintes.

Néanmoins, certains éléments communs émergent :

■ une attitude positive du conjoint (soutien, reconnaissance) favorise l’acceptation des transformations corporelles par la femme enceinte et réciproquement : la façon dont la femme vit ces changements conditionne l’attitude et le regard du conjoint ;

■ les transformations sont d’autant mieux vécues par les femmes qu’elles y donnent un sens : à savoir permettre la croissance du bébé et lui assurer une protection contre l’extérieur ;

■ les séances de préparation à la naissance et à la parentalité permettent aux femmes d’échanger sur leurs vécus et leurs expériences et de développer d’autres approches sensorielles que la vue, notamment le toucher (la confrontation avec le miroir engendrant fréquemment un rapport confl ictuel avec ce corps en mutation) ;

■ enfin, les modifi cations des premières semaines sont plus diffi ciles à vivre et à accepter car surprenantes et inattendues. « Il semblerait qu’un suivi pourrait intervenir dès les premières modifi cations corporelles, puisque c’est dès ce moment-là que la femme, non préparée à ce changement, peut avoir besoin d’aide. Par la suite, bien que les femmes aient eu le temps de s’habituer à voir leur corps prendre progressivement plus d’ampleur, l’accompagnement thé- rapeutique reste un moyen effi cace de soutenir les femmes qui le désirent ou en éprouvent le besoin. »

Le vécu de la médicalisation de la grossesse

Si la préoccupation des soignants axée sur la prévention des risques et la surveillance de la grossesse est nécessaire et légitime, elle présente cependant un certain nombre d’écueils :

■ les différents examens proposés, notamment ceux de dépistage, peuvent déclencher ou renforcer l’anxiété des femmes. « Il y a comme un suspense qui commence avec l’échographie et avec le test sanguin. Quand l’intéressée apprend qu’elle est dans une frange à risque, elle sent le sol se dérober sous ses pieds. Il va falloir maintenant attendre l’amniocentèse, puis son résultat. Soit, en France, un mois à six semaines. On voit ainsi des femmes désinvestir ce bébé potentiellement non conforme. C’est comme si la dimension psychique de la grossesse s’arrêtait ou du moins se mettait entre parenthèses, dans l’attente d’un feu vert médical. »

■ la médicalisation de la grossesse peut également contribuer à réduire le sentiment de maîtrise des femmes et leur participation à la grossesse et à l’accouchement (sentiment de passivité et de dépendance). « Beaucoup de mamans se posent des questions sur cette même médicalisation et restent souvent avec des besoins de base non comblés. La femme actuelle ne saurait-elle plus mettre son bébé au monde sans une aide extérieure ? Elle pense qu’elle ne sait pas ou, peut-être, le lui laisse-t-on penser ? »

 ■ enfin, la montée en charge de la médicalisation de la grossesse s’est accompagnée d’une augmentation du nombre d’intervenants auprès des femmes enceintes, qui peut être plus ou moins bien vécue par la patiente : sentiment de nonrespect de sa personne, diffi culté à établir une relation de confi ance, sentiment d’insécurité. 

Afficher l'image d'origineCes réflexions amènent aujourd’hui de nombreux professionnels de la périnatalité à proposer une « médicalisation raisonnée de la maternité » et insistent sur la nécessité de redonner confi ance aux femmes en leurs capacités à porter la vie et à donner naissance. « Une future mère a davantage besoin d’être soutenue et rassurée sur ses capacités à devenir mère que d’être examinée sous tous les angles à maintes reprises, au sens fi guré comme au sens propre. » 

Le déni de grossesse

D’après l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse, entre 600 et 1 800 femmes seraient concernées par un déni de grossesse chaque année en France. Le déni de grossesse se défi nit comme le fait pour une femme enceinte de ne pas avoir conscience de l’être. Au niveau physique, le corps de la femme ne se modifi e pas, et les quelques signes qui pourraient « mettre la puce à l’oreille » ne font pas sens et sont attribués à d’autres causes. Aucun facteur prédisposant n’a été mis en évidence. Le déni peut concerner toutes les femmes, indépendamment du nombre de grossesses antérieures, du milieu social ou familial, de l’âge, ou encore de l’état psychiatrique. Des quelques études parues sur ce sujet il ressort que la gravité du déni (au sens de sa durée) a une incidence sur le déroulement de la naissance, la santé du bébé et la capacité d’adaptation de la mère à la présence du bébé.

Les bonnes pratiquesAfficher l'image d'origine

les recommandations

Les séances de préparation à la naissance et à la parentalité constituent le moment idéal pour aborder la question du vécu de la maternité. Cette préoccupation doit néanmoins rester constante tout au long de la grossesse. « Préparation à la naissance et à la parentalité » (HAS, novembre 2005) Ces séances ont notamment pour objectifs :

■ de créer des liens sécurisants avec un réseau de professionnels prêts et coordonnés autour de la femme enceinte ;

■ d’accompagner la femme ou le couple dans ses choix et ses décisions concernant sa santé, la grossesse, les modalités d’accouchement, la durée du séjour en maternité ;

■ de renforcer la confiance en soi de la femme ou du couple face à la grossesse, la naissance et les soins au nouveau-né ;

■ de participer à la prévention des troubles de la relation mère-enfant et à la prévention de la dépression du post-partum ;

■ d’encourager les échanges et le partage d’expériences à partir des préoccupations des parents avant et après la naissance.

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