222019Juil
Le harcèlement fusionnel

Le harcèlement fusionnel

Article en lien avec le travail réalisé par le psychologue clinicien et psychothérapeute français Eudes SEMERIA (2018)  « Le harcèlement fusionnel, les ressorts cachés de la dépendance affective », Albin Michel, Paris. – Site officiel de Eudes Séméria : www.eudes-semeria.fr

Le harcèlement fusionnel est un concept introduit en 2018 par le psychologue clinicien et psychothérapeute français Eudes Séméria. Il est important de repérer que le harcèlement fusionnel diffère du harcèlement moral, du harcèlement sexuel ou du harcèlement professionnel. Il constitue une forme de violence beaucoup plus retorse car opérée, très souvent, par détresse et consentie par amour… Il s’opère du « faible » (la personne vulnérable) sur le « fort » (la personne qui l’aide).

Voici la définition qu’en donne le psychologue Eudes Séméria :

«  …  « C’est  un ensemble de comportements répétés d’agrippement, d’accaparement et de dépendance, par lesquels un adulte force une autre personne à le prendre en charge dans plusieurs domaines de la vie pratique et psychique».

Le harcèlement fusionnel est l’expression d’une violence faite d’intimidation, de dévalorisation, jusqu’aux insultes et parfois aux coups, destinés à bousiller l’autre pour restaurer un narcissisme minus. Mais tout harceleur n’est pas un pervers narcissique, et «toute manipulation n’est pas nécessairement mauvaise, encore moins perverse», comme le souligne Eudes Séméria. Le harcèlement fusionnel est une conséquence de la dépendance affective, trouble touchant les personnes excessivement préoccupées par l’angoisse de séparation et l’angoisse d’abandon.

Toute personne dépendance affective, du fait même de ses demandes répétées d’aide, de soutien et d’accompagnement, peut devenir porteuse d’un harcèlement fusionnel qui aboutit à l’usure et à la dégradation de la santé psychologique et physique de son entourage. 

Les caractéristiques du Harcèlement Fusionnel

Dans le harcèlement fusionnel, les rôles sont complètement inversés puisque le persécuteur n’a rien du bourreau qui cherche à dominer ou à détruire autrui.  Il demande même à être dominé, déresponsabilisé, infantilisé. Il agit de telle sorte que ses proches décident à sa place et assument ses propres responsabilités, jusqu’à les user psychologiquement. Dans son acception générale, comme l’écrit le psychologue Eudes Séméria, tout harcèlement est « un enchaînement d’agissements hostiles à répétition visant à affaiblir psychologiquement l’individu qui en est la victime. ». 

Eudès Séméria mentionne que « l’adulte affectivement dépendant n’a rien d’un “pervers narcissique” qui chercherait à dominer ou à détruire autrui, comme dans le harcèlement moral. Au contraire, il a tendance à se dévaloriser et à se rabaisser, à accorder systématiquement aux autres des qualités propres à les grandir et à les placer très au-dessus de sa personne. Il demande même à être dominé, déresponsabilisé, infantilisé (…) ». Il y a ainsi une hostilité avérée dans le harcèlement fusionnel, mais il s’agit d’une hostilité que l’adulte en dépendance affective « retourne contre lui-même, ainsi qu’en témoignent ses comportements systématiques de dévalorisation, de sabotage ou d’autodestruction. Aussi atteint-il ses proches, indirectement, en forçant leur mobilisation et en suscitant chez eux une anxiété permanente. »

Dépendance affective et fusionnelle

Il faut toutefois souligner que le harcèlement fusionnel relève toujours d’un fonctionnement collectif, du moins lorsque la situation de harcèlement s’avère durable. En effet, le harcèlement n’émerge pas de la volonté d’une personne particulière mais du fonctionnement familial ou de couple, et dans lequel chacun prend une part active. La réalité est donc plus complexe qu’elle n’y paraît car toutes les personnes impliquées participent, à un degré ou un autre, au maintien d’une relation de codépendance affective. De sorte qu’il n’y a pas d’un côté un « harceleur » et de l’autre des « victimes », mais plutôt des personnes étroitement liées et mutuellement dépendantes qui, toutes ensemble, et de manière implicite, constituent un système harcelant.

En accord avec les travaux d’autres thérapeutes existentiels (Rollo MayVictor FranklFritz PerlsCarl Rogers, Irvin Yalom), Eudes Séméria suggère que la personne dépendante affective – et plus généralement fusionnelle – se distingue schématiquement par les quatre grandes tendances suivantes :

Le refus de grandir (immaturité) : le sujet rejette les attitudes et l’apparence de l’adulte, conserve attitudes et habitudes héritées de l’enfance, montre des comportements impulsifs, obéit à l’autorité parentale même une fois adulte, ne sait pas dire non, a difficulté à supporter la frustration…
Le refus de s’affirmer (effacement) : le sujet cherche activement la domination d’autrui, adopte des comportements de retrait, d’auto dévalorisation, souffre d’un sentiment de vide intérieur et d’ennui…
Le refus d’agir (passivité) : le sujet a des difficultés à prendre des décisions et à passer à l’action, délègue ses responsabilités à autrui, tend à tout remettre à plus tard, souffre de rumination mentale, d’auto sabotage…
Le refus de se séparer (dépendance) : le sujet souffre d’avidité affective, parfois de jalousie, se met systématiquement au service d’autrui, refuse la séparation, confond les sentiments d’amour et d’amitié, souffre d’une instabilité du désir et de l’orientation sexuelle…

Ce qui est en jeu dans le harcèlement fusionnel

La dépendance affective, et le harcèlement qu’elle induit, s’expriment sous de nombreuses formes :

  • un fils adulte qui manque de confiance en lui,
  • une mère angoissée et possessive,
  • un conjoint jaloux ou intolérant à la séparation,
  • un frère ou un ami continuellement en situation d’échec social.

Dans tous ces cas, la propension de la personne dépendante affective à s’accrocher à ses proches s’appuie essentiellement sur deux processus.

Dans tous les cas, un proche en dépendance affective vous « bouffe la vie »….

Selon Eudès Séméria, deux principes (loyauté familiale et parentification) sont présents dans toute situation de harcèlement fusionnel :

  • en premier lieu, la loyauté familiale qui amène les membres d’une famille ou d’un couple, à aider les autres et parfois à se sacrifier en vertu d’une dette morale à leur égard ;
  • en deuxième lieu, le phénomène de parentification, « processus par lequel un enfant se voit amené à assumer des responsabilités trop importantes pour son âge, c’est-à-dire des responsabilités qui devraient en principe être assumées par les parents ou les adultes. »

L’adulte dépendant affectif va utiliser divers moyens et stratégies pour que ses proches se « sacrifient » pour lui et endossent un statut d’équivalents parentaux en assumant ses responsabilités à sa place. Ainsi, il peut recourir :

  • aux mensonges,
  • à la séduction,
  • à l’affabulation,
  • à la mise en place de scénarios visant à montrer sa vulnérabilité
  • à la peur,
  • au chantage au suicide,
  • aux agressions verbales et physiques.

Les conséquences du harcèlement

Les conséquences du harcèlement fusionnel sur les proches qui apportent leur aide (les « aidants ») sont sensiblement les mêmes que dans les autres formes de harcèlement :

  • anxiété, inquiétude permanente,
  • sentiment d’impuissance,
  • découragement,
  • épuisement,
  • colère, dépression.

S’ajoutent à cette déstabilisation psychique des aidants divers troubles somatiques : 

  • troubles digestifs,
  • troubles cardio-vasculaires (hypertension, tachycardie, palpitations),
  • perturbation du sommeil,
  • douleurs musculaires et articulaires,
  • maux de tête, fatigue générale.

La vie familiale, professionnelle et sociale peut être perturbée suivant l’intensité des demandes d’aide de la personne en dépendance affective. Ces symptômes et conséquences peuvent être d’intensité variable, selon que le proche dépendant affectif accède à une certaine autonomie, ou qu’au contraire il se retrouve, de manière répétée en situation sociale inadaptée (perte d’emploi, perte de logement, addictions, comportements à risques ou antisociaux, etc.).

Se faire aider …

Diverses formes de psychothérapies peuvent apporter, à l’entourage ainsi qu’au au proche dépendant affectif, un soutien et une amélioration : thérapie existentiellethérapie systémique familialethérapie comportementale et cognitive (ou TCC).

En revanche, aucune association n’est encore dédiée à la problématique spécifique du harcèlement fusionnel. Il n’est ainsi pas rare que les personnes aux prises avec le harcèlement fusionnel se retrouvent isolées. Elles peuvent néanmoins trouver un soutien précieux auprès des associations d’aidants généralistes, telles que l’AFA (Association Française des Aidants), qui proposent de multiples ressources : rencontres, échanges, ateliers de formation, aide administrative, Café des Aidants.

RESSOURCES

Le trouble de la personnalité dépendante

Le harcèlement

Le harcèlement moral

La psychothérapie existentielle

Liens externes

Site de Irvin Yalom 

Association Française des Aidants



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