122018Sep

LES PUNITIONS ENVERS LES ENFANTS : EFFICACES ?

LES PUNITIONS ENVERS LES ENFANTS : EFFICACES ?

Des études scientifiques ont pu mettre en évidence que les punitions, habituellement utilisées comme :

  • Mettre au coin un enfant,
  • L’isoler des autres enfants ou personnes

Sont des méthodes, à visée disciplinaire, plutôt négatives entraînant plus de nocivité que de bienfaits.

C’est ce qu’explique l’article « 3 bonnes raisons de ne plus envoyer les enfants au coin » que vous pouvez consulter

Ainsi, il apparaît que mettre un enfant « au coin » reviendrait à signifier qu’il n’existe pas et ce, autant de fois que cet enfant va à l’encontre de notre volonté, de notre désir.

Faber et Mazlish ont étudié les différentes façons de communiquer entre les adultes et les enfants. Ils estiment que pour les parents (tout comme d’ailleurs pour les professionnels), il est nécessaire d’être doté « d’outils » pour apaiser et résoudre les problèmes et les conflits du quotidien : pour eux, l’idée est d’accueillir les sentiments et les émotions avec bienveillance, authenticité et attention.

(https://lesprosdelapetiteenfance.fr/bebes-enfants/psycho-pedagogie/education-bienveillante-etre-lecoute-des-tout-petits-et-de-leurs-emotions/faber-et-mazlish-des-outils-pour-soigner-le-dialogue)

Ces auteurs écrivent qu‘un enfant qui se comporte mal n’a pas besoin d’être séparé des membres de sa famille. Il a besoin d’être arrêté et qu’on lui indique une autre direction :

  • Je ne te laisserai jamais frapper/ insulter/ casser/ faire de mal.
  • Tu peux dire les choses avec des mots, dis comment tu te sens et de quoi tu as besoin.

Un enfant qui se comporte mal a plus besoin d’une mise en contact avec un adulte qui :

  • se soucie de lui,
  • fait preuve d’empathie,
  • peut l’aider à reconnaître ses émotions
  • va lui permettre de trouver des meilleures solutions de les exprimer.

Pourtant, il peut être difficile de se défaire de cette habitude éducative (au même titre que les punitions, les récompenses, le chantage ou encore les cris). Comme d’anciens fumeurs qui sont régulièrement tentés d’allumer une cigarette, nous sommes susceptibles de recourir à l’utilité apparente des menaces ou du contrôle quand nous sommes en difficulté.

Il apparait important de COMPRENDRE CE QUI SE PASSE DANS LA RELATION QUAND ELLE EST CONFLICTUELLE

C’est la création d’une nouvelle dynamique relationnelle entre les parents et les enfants qui va permettre d’innover, de trouver d’autres espaces possibles de dialogue pour rendre le coin inutile :

  • Créer un espace de retour au calme pour l’enfant
  • L’enfant aura le choix de se retirer dans cet endroit agréable et rassurant.

Cet espace serait agrémenté de coussins, de peluches, de crayons et feuilles pour dessiner la colère, de livres, éventuellement d’une boîte à émotion (voir cet article : La boîte à émotions pour accompagner les émotions fortesou d’une roue de la colère  Un outil pour aider les enfants à reconnaître leurs émotions et trouver une solution d’expression) grâce auxquels ils auront à disposition des moyens de se calmer par eux-mêmes. Des affiches et dessins pourraient même être accrochés au mur :

L’adulte peut ainsi demander à l’enfant :

« J’ai l’impression que tu as besoin d’un temps calme. Est-ce que cela t’aiderait d’aller dans l’espace de retour au calme ? Si tu veux, je peux t’y conduire/ t’accompagner ».

Ainsi, l’enfant dispose des moyens de se calmer et ne sent pas exclu. Le temps de retour au calme est structurant et éducatif.

Par exemple, chez vous, il peut être utile de choisir ensemble une petite tente en toile avec l’enfant et de l’installer dans sa chambre.

On peut y agrémenter la tente d’un tapis tout doux au sol avec des coussins (un en forme de soleil pour quand ça va bien et un en forme de nuage quand ça ne va pas).

A l’intérieur de la tente, peuvent être déposés des livres, des feuilles avec des crayons et/ou feutres de couleurs…


  1. Se reconnecter avec l’enfant

Lors de tempêtes émotionnelles chez les enfants, l’objectif est de se mettre sur la même longueur d’onde qu’eux pour établir un lien profond avec eux et asseoir en eux le sentiment qu’ils « sont ressentis ».

Dans les moments de crise, la logique ne sert à rien (par exemple, face à un enfant jaloux, rappeler le nombre de fois où on a joué avec lui pour le rassurer sera inefficace; face à un enfant qui voulait absolument une glace à la fraise, dire qu’il reste des glaces à la vanille qu’il aime autant sera tout autant inefficace).

Les émotions des enfants peuvent nous paraître injustifiées, futiles mais elles existent en eux et ont de l’importance pour eux.

Dédier un peu de temps à l’enfant pour l’aider à se calmer peut lui être extrêmement profitable, surtout si ce temps est mis  à profit pour lui enseigner comment se calmer et repenser à son comportement.

Ce type de réflexion ne peut s’accomplir que dans la relation, pas dans l’isolement et c’est d’autant plus vrai avec de jeunes enfants.

Se reconnecter avec l’enfant peut passer par :

  • l’écoute avec une voix calme et douce

 Je ne savais pas que c’était si important pour toi. 

  • Oui , c’est difficile de…
  • Parle moi de ce qui te tracasse. 
  • Dis m’en plus. 
  • Tu as l’air…
  • Tu es… et je te comprends
  • Tu voulais tellement cette chose !
  • Tu as l’impression que (ton frère prend toute mon attention/ tes devoirs sont trop difficiles/que je ne te consacre pas assez de temps)

 des signes non verbaux

  • Un contact physique tendre (caresses, câlin, massage…),
  • Un contact physique – câlins, bisous, massages – a trois vertus :
  • pour le parent : baisse du stress
  • pour l’enfant : remplissage du réservoir d’attachement (l’enfant est comme « rechargé en amour »)
  • pour la relation : restauration de la confiance mutuelle
  • Une position à la hauteur de l’enfant,
  • Des expressions faciales exprimant l’empathie et la chaleur (sourires, regard droit et pas fuyant…),
  • Une voix douce,
  • S’asseoir avec l’enfant

2. du réconfort sans nier la douleur ou la détresse

  • Tu es toujours dans mes pensées. 
  • Tu es spécial pour moi, je t’aime. 
  • Tu es très important pour moi. 
  • Moi aussi, je me sens comme ça par moments. 
  • Tu voudrais que… ? 
  • J’ai des idées pour régler ce problème

  1. S’éloigner ensemble de l’endroit ou de la situation qui a créé le problème

Quand l’enfant ne veut pas (ou parce qu’il est dans un état émotionnel trop intense), accepter un contact physique ou une discussion, on peut s’éloigner ensemble de l’endroit ou de la situation qui a créé le problème (« allons faire un câlin dans le salon« ).

Il s’agit ici de s’éloigner de la source du problème sans éloigner l’enfant de sa source d’attachement et d’amour (son parent). Le maintien de cette proximité est aidante sur deux plans :

  • les parents sont les « stations d’essence » des parents car l’amour est un carburant et permet de recharger le réservoir vide de l’enfant,
  • le cerveau émotionnel de l’enfant est immature donc notre propre cerveau d’adulte mature et rationnel sert en quelque sorte de « cerveau extérieur » à l’enfant, en l’aidant à retrouver ses esprits.

  1. S’isoler et respirer soi-même

Quand la pression est trop forte des deux côtés, l’adulte peut décider de faire lui-même une pause.

Quand la patience est à bout, quand on craint de faire ou dire quelque chose qu’on regrettera, partir se rafraîchir les idées est une option parfois salutaire.

Isabelle Filliozat appelle cela « prendre ses responsabilités ».

  • « Je vais quelques minutes dans ma chambre/ dans les toilettes/ dans la salle de bain pour me calmer.
  • On en reparle après. »

Cette manière de faire laisse l’opportunité de transformer le dialogue négatif en dialogue positif :

  • « Je n’en peux plus » devient « Je m’isole et je respire pour retrouver mon calme ».
  1. Appliquer les conséquences logiques

Puisque l’enfant n’est pas prêt à agir de manière respectueuse, le jeu (ou toute autre situation) s’arrête. Il ne s’agit pas d’une punition mais de l’expérience des conséquences de ses actes.

Le parent peut indiquer qu’il sera autorisé à revenir jouer dès lors qu’il sera prêt à accepter de nouveau les règles de conduite. Le ton et l’attitude sont importants dans ce cas : c’est la confiance dans les capacités de l’enfant à reconsidérer son comportement qui compte, pas la volonté de sermonner l’enfant avec une leçon de morale.

Par ailleurs, on insistera sur l’aspect temporel (« quand tu seras prêt ») plutôt que sur l’aspect conditionnel (« si tu es prêt »).


  1. Permettre à l’enfant d’intégrer la dimension de l’autre en exprimant nos propres limites

L’expression de ces limites passera par des messages Je non violents :

« Quand tu te comportes ainsi, je suis triste et déçu, je n’ai plus envie de jouer »

Voir cet article en complément pour appliquer la Communication Non Violente dans l’éducation :

  1. Chercher une solution ou une réparation

Les alternatives proposées plus haut offrent une transition entre la réaction (taper, mordre, crier…) et la relation (jouer, être avec les autres).

Une fois que parents et enfants ont retrouvé leur calme, il est possible de chercher ensemble une solution et/ou une réparation

L’enfant doit pouvoir comprendre pourquoi son action était inappropriée et comment assumer les responsabilités de ses actes. Cette phase de recherche de solution alternera accueil des émotions, empathie et accompagnement à travers des questions ouvertes :

  • Qu’est-ce qui a provoqué la situation ? 
  • Qu’as-tu tenté de dire/ de faire ?
  • Comment te sens-tu par rapport à cela ? 
  • A ton avis, comment se sont sentis les autres enfants ?
  • Que feras-tu différemment la prochaine fois ?/ Comment penses-tu résoudre le problème ?
  • Que décides-tu de faire parmi ces X propositions ?

Une réparation pourra être mise en place pour réparer la relation en vous renvoyant à cet article : Les réparations dans le processus éducatif.


Sources

    1. Article du Time Magazine Time-Outs’ Are Hurting Your Child par Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson. Traduction libre.
    2. « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » Broché – 12/10/2012Adèle Faber (Auteur), Elaine Mazlish  (Auteur)
    3. Marshall Rosenberg, fondateur de la communication non violente, Élever nos enfants avec bienveillance (éditions Jouvence)

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